mercredi 9 janvier 2008

Mon avis sur Dostoïevski

Le problème du mal pose le problème de Dieu : Dostoïevski n'arrive pas à une solution, et peut-être n'y est il jamais parvenu. Mais le christianisme devient pour lui une préoccupation constante, et le Christ une nécessité morale. L'état de sa pensée religieuse, après le bagne, est défini dans sa lettre à Nathalie von Vizine (la noble dame qui au passage du convoi par Tobolsk, lui avait remis un Evangile, son seul livre pendant ses quatre ans) :
« On a soif de foi, et on la trouve, au fond, parce que dans le malheur, la vérité s'éclaire. Je vous dirai quant à moi que je suis un enfant du siècle, enfant de l'incroyance et du doute jusqu'à ce jour, et même (je le sais) jusqu'au tombeau. Que de tourments effroyables m'a coutés et me coûte aujourd'hui cette soif de croire, d'autant plus forte dans mon âme qu'il y a en moi plus d'arguments contraires. Et cependant Dieu m'envoie parfois des instants où je suis tout à fait calme ; dans ces instants j'aime et je trouve que je suis aimé des autres, et c'est dans ces instants que je me suis forgé un credo où tout est pour moi clair et saint. Ce credo est très simple, le voici : croire qu'il n'y a rien de plus beau, de plus profond, de plus sympathique, de plus raisonnable, de plus viril et de plus parfait que le Christ, et non seulement qu'il n'y a pas, mais – je me le dis avec un amour jaloux – qu'il ne peut rien y avoir. Bien plus, si l'on me prouvait que le Christ est hors de la vérité, et s'il était réel que la vérité fût hors du Christ, j'aimerais mieux rester avec le Christ qu'avec la vérité ».
Il me semble que ce texte est celui d'un homme religieux, mais sa complexité ressort bien de ses propos avec le « si l'on me prouvait » : Dostoievski n'est pas un homme religieux « canonique », « exemplaire » : sa foi est d'autant plus belle qu'elle est très humaine et qu'il apprécie au fond le Christ autant comme être humain que comme être divin.
Faites à nouveau descendre le Christ sur terre et vous avez l'Idiot !
A.Besançon évoque bien les contradictions internes à la pensée de Dostoievski et les contradictions de la réception de son oeuvre chez les lecteurs, en séparant bien l'Occident et les Russes. Il montre d'ailleurs que les uns comme les autres nous avons accueilli Dostoievski sous la seule partie qui nous intéresse. Les Russes n'ont voulu y voir que le croyant ardent et infaillible et les occidentaux n'ont pas su voir à mon avis que la Russie en enfer pour lui valait toujours mieux que le reste du monde, qu'il y avait quelque chose de suprêmement russe dans sa croyance. Ils ont aussi voulu en faire un romantique et un croyant du doute, alors que c'est plus complexe : il ne dit pas : je crois dans le christ comme être humain. Mais il dit « SI l'on me prouvait...j'aimerais mieux rester avec le Christ qu'avec la vérité ». Ca ne veut pas dire qu'il croit dans le Christ uniquement comme être humain : cela veut plutôt dire qu'il apprécie le Christ autant comme être humain que divin.
En tout cas il y a une chose que je retiendrai toujours de Dostoievski : seul le peuple russe a raison contre ses élites, car lui seul, même sans connaître l'évangile porte le Christ en son coeur C'est un enseignement qu'il doit à son passage au bagne. Je crois que son enseignement est toujours vrai aujourd'hui. Quitte à paraître pour un idéaliste, je crois que la Vérité est dans les paysans russes ou dans les babouchka vendant leurs pommes de terre à la sortie des stations de métro...dans la vie de tous les jours, de ces gens oubliés par le capitalisme sauvage de la Russie.


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