vendredi 11 janvier 2008

Les modèles de l'Idiot

L’Idiot, le prince Mychkine, est lui aussi une incarnation de l’homme bon de notre époque. L’idée essentielle du roman écrit Dostoïevski à sa nièce Ivanovna le 13 janvier 1868, est de représenter un homme absolument excellent. Rien n’est plus difficile au monde, surtout en ce moment. Tous les écrivains, les nôtres et aussi tous ceux d’Occident, qui ont entrepris de représenter le beau absolu, ont toujours échoué, parce que c’est une tâche impossible. Le beau est l’idéal, or l’idéal, le nôtre ou celui de l’Europe civilisée, est encore loin de s’être cristallisé. Il n’existe au monde qu’un être absolument beau, le Christ, de sorte que l’apparition de cet être immensément, infiniment beau est certainement un infini miracle (tout l’évangile de Jean va dans ce sens : il trouve le miracle dans la seule incarnation, la seule apparition du beau). Mais je m’écarte. Je dirai seulement que de toutes les belles figures de la littérature, la plus achevée est Don Quichotte. Mais Don Quichotte est beau uniquement parce qu’il est en même temps ridicule. Le Pickwick de Dickens (où l’idée est infiniment plus faible que dans Don Quichotte, mais quand même immense) est aussi ridicule et c’est par là qu’il vous prend. On a de la compassion pour une belle figure moquée et ignorant elle-même sa valeur, et ainsi la sympathie naît chez le lecteur. Cet éveil de la compassion, voilà précisément le secret de l’humour. Jean Valjean est aussi une tentative vigoureuse, mais il suscite la sympathie par son terrible malheur et l’injustice de la société à son égard. Chez moi, rien de semblable, absolument rien, et c’est pourquoi je crains fort que ce ne soit un échec complet. »
Cette lettre nous révèle les modèles littéraires qui ont pu inspirer Dostoïevski – Don Quichotte surtout.


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