jeudi 7 mai 2009

PSA et Renault tentent de gérer l'urgence sociale

Très intéressant article de MAXIME AMIOT, Les Echos du 21 avril, sur les conséquences des plans sociaux dans un secteur touché structurellement par la crise : comment accompagner les plans sociaux, comment communiquer à l'attention de ceux qui restent ...eux qui voient depuis des années partir les autres.

Confrontés à une chute sans précédent de leur marché, les constructeurs français donnent la priorité à l'ajustement de leurs effectifs. Des solutions drastiques s'ajoutent à de nombreux plans de réduction de coûts engagés au cours de ces dernières années, et pèsent sur les conditions de travail et la motivation des salariés. Conscientes de ce malaise interne, les directions tentent de donner des perspectives à moyen terme, via des actions de communication et de formation.

Etonnant. Alors que le taux de chômage n'en finit pas de grimper, plusieurs milliers de salariés de Renault et PSA Peugeot Citroën mettent volontairement fin à leur CDI. Des mobilités qui entrent dans le cadre des plans de départs volontaires élaborés pour faire face à la crise : tandis que Renault annonçait en juillet dernier l'ouverture d'un plan concernant 4.450 salariés d'ici à fin avril en France, celui de PSA Peugeot Citroën se monte à 3.550 salariés sur l'Hexagone.

Ces départs sont à la mesure du choc qui secoue l'industrie automobile mondiale. Tandis que PSA Peugeot Citroën a enregistré en 2008 ses premières pertes depuis dix ans, Renault a annoncé une baisse de son résultat net de 78 % pour la même année. A leur chevet, l'Etat leur a accordé 6 milliards d'euros à condition, toutefois, qu'ils ne ferment aucun site sur le territoire français et qu'ils ne procèdent à aucun licenciement pendant la durée du prêt. Une aide d'urgence qui a alourdi un peu plus le climat social en interne. Car ces dernières années, les constructeurs ont enchaîné les restructurations - PSA a, par exemple, supprimé 15.000 postes depuis 2007. Ils ont également dû gérer plusieurs drames humains, dont des suicides de salariés travaillant au Technocentre de Renault ou sur le site PSA de Mulhouse. Le dernier en date, le 31 mars, concernait un salarié du site Renault de Sandouville.

Difficile, dans ce contexte, de motiver les troupes. Pour l'heure, la priorité des directions est d'ailleurs plutôt axée sur l'accompagnement des plans de départs. « Nous avons voulu rendre ce plan le plus attractif possible », relève Jean Agulhon, directeur ressources humaines France de Renault. Les salariés de plus de 60 ans partant à la retraite bénéficient, par exemple, de conditions financières privilégiées. Idem pour ceux qui s'orientent vers d'autres horizons professionnels. Renault propose même un site Internet dédié, diffusant notamment des offres d'emploi et des témoignages de salariés ayant déjà profité du plan. Sans compter d'autres mesures, comme l'accompagnement à la création d'entreprise ou des forums de recrutement sur sites que PSA met en place également.

Les équipes sous tension
Un activisme dont les syndicats redoutent les conséquences. « Aujourd'hui, les efforts de la direction aboutissent à vider l'entreprise. On handicape notre développement à moyen terme », lance Guy Vallot, délégué central de Force ouvrière chez Renault. Certes, dans la firme au losange, seuls certains effectifs sont concernés (encadrement, ingénierie, achats, fonctions support...). De même, chez PSA, les « métiers en tension » sont protégés. « Il peut s'agir d'électromécaniciens, d'électroniciens ou encore de stylistes. Ce sont des expertises clefs et rares, sur lesquelles nous comptons sur le moyen terme », explique Denis Martin, DRH du groupe. Il n'empêche : alors que les seniors sont nombreux à partir, la perte de savoir-faire est importante. De même, certains hauts potentiels n'hésitent pas à aller voir ailleurs.

S'ajoute à ces départs en masse, pour les salariés qui restent, un recours au chômage partiel, qui met les équipes sous tension. « Le salarié est plus souvent chez lui, puis l'activité reprend, au point qu'il doit parfois travailler le samedi. Ces à-coups ne sont pas toujours faciles à gérer », reconnaît Cyrille Courtier, directeur du site de Poissy, dont la production repart après avoir connu deux mois de chômage partiel.

Parallèlement, les conditions de travail se durcissent. Projets gelés, politique de voyages rationalisée, fournitures limitées... La chasse au coût est globale. Renault a même renoncé pour 2009 aux traditionnels voyages récompensant ses meilleurs vendeurs. De quoi engendrer la démotivation. Côté rémunération, tandis que l'enveloppe d'augmentation générale ne dépasse pas 1 % chez PSA, elle est nulle chez Renault.

Sur un marché automobile en pleine mutation, les managers comme les ouvriers manquent cruellement de visibilité. « On navigue à vue. Et ce ne sont pas les changements actuels de direction qui nous rassurent », confie Ricardo Madeira, délégué syndical central CFDT de PSA. Le 29 mars dernier, Christian Streiff a été remercié par le conseil de surveillance. Si ce patron, arrivé aux commandes en 2007, n'est pas regretté en interne, son départ s'ajoute à une série de défections : ces derniers mois, Jean-Luc Vergne, directeur des ressources humaines, Gilles Michel, directeur général de Citroën, ou encore Hervé Guyot, patron de la filiale Banque PSA Finance, ont quitté le constructeur. Des changements aussi chez Renault : en octobre, Carlos Ghosn a légué la direction opérationnelle du groupe à Patrick Pélata. Depuis, pas moins de neuf nominations sont intervenues dans les instances dirigeantes de la marque.

Des « kits de communication »
Autant de bouleversements qui nécessitent de remobiliser les troupes. Dans l'urgence de la crise, les constructeurs misent d'abord sur l'accompagnement social du chômage partiel. Celui-ci, indemnisé à 100 % depuis 2005 chez PSA, l'est aussi depuis le 1er avril chez Renault, grâce à un nouveau dispositif baptisé le « contrat social de crise ». Signé par la CFDT, la CFE-CGC, FO et la CFTC, cet accord oblige les cadres et Etam (employés, techniciens et agents de maîtrise) au forfait à abandonner un jour de RTT pour cinq jours chômés dans la limite de huit jours. Les sommes ainsi récoltées alimentent un fonds de gestion de crise, qui permet d'indemniser les opérateurs jusqu'à 100 %. « Ce dispositif s'appuie sur des valeurs de solidarité qui sont essentielles dans ce contexte. On ne s'en sortira que si tout le monde oeuvre dans le même sens », note Jean Agulhon.

Dans la tourmente, les mots ayant une importance majeure, la communication interne fait l'objet de toutes les attentions. A chaque actualité, Renault distribue des « kits de communication » à son personnel d'encadrement : sous forme de documents Power Point truffés de commentaires, ils se voient expliquer les décisions du groupe et la manière de les annoncer à leurs équipes. Patrick Pélata en personne se rend régulièrement sur les sites industriels. Là, 500 salariés volontaires peuvent, dans un amphithéâtre, poser leurs questions au directeur général une heure durant. Même implication chez PSA, où Thierry Peugeot, président du conseil de surveillance, a annoncé lui-même par une vidéo sur l'intranet le départ de Christian Streiff.

Privilégiant les nouvelles positives, la direction a également relayé la décision du groupe d'octroyer à chaque usine française la fabrication d'un nouveau modèle. Et sur le site de Poissy, le champion de rallye Sébastien Loeb est lui-même venu présenter la prochaine DS3 qui sera fabriquée dans l'usine à partir de 2010.

Toutefois, ces actions ne règlent pas tout. « L'enjeu actuel, c'est de ne pas être focalisé uniquement sur le présent, mais de préparer aussi l'avenir », affirme Olivier Parent du Châtelet, managing director du cabinet Bearing Point. Ainsi, chez PSA, les budgets de formation sont en hausse de 30 % pour 2009. Le constructeur vient de lancer une formation au « lean » industriel pour 2.000 à 3.000 opérateurs et 300 cadres, qui conjugue présent et futur. Un cursus qui vise à limiter les gaspillages, mais aussi à occuper les employés en chômage partiel. Organisation du poste, approvisionnement des lignes de montage, sécurité, anticipation des difficultés, voire initiation à l'économie... « Ces contenus nous permettent d'optimiser nos process et nous aident à changer les habitudes », estime Denis Martin.

Accompagner la mobilité
Reste que ces périodes de formation servent surtout à accompagner la mobilité. Nombre de salariés de sites en sureffectif, comme Rennes (PSA) ou Sandouville (Renault), sont ainsi « prêtés » aux usines plus actives et reçoivent un apprentissage accéléré sur leur nouveau poste. Dans plusieurs services, les équipes doivent gérer de nouvelles tâches, du fait des départs de collègues ou de sous-traitants. Ainsi, le Technocentre Renault de Guyancourt forme quelque 400 ingénieurs à la conception assistée par ordinateur, pour prendre le relais de sous-traitants écartés. « On gagne en agilité et en polyvalence : les salariés acquièrent de nouvelles compétences, cela sera utile à l'avenir », relève Bernard Ollivier, directeur des établissements ingénierie de Renault. Toutefois, les syndicats le voient autrement, dénonçant une charge de travail et un stress supplémentaires.

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