dimanche 3 avril 2011

BLUE NOTE !



Ce sont deux émigrés juifs allemands fuyant le nazisme qui réfugiés aux Etats Unis vont fonder le label de Jazz le plus célèbre outre atlantique ! voici le résumé figurant sur la pochette du documentaire :

Quand Sam wooding se produisit à Berlin en 1925, les sonorités inhabituelles de l'orchestre noir firent dresser l'oreille au jeune Alfred Lion. Quelques années plus tard, il se rendit aux Etats Unis pour y vivre à nouveau de première main cette musique irrésistible qui en Allemagne devait bientôt être proscrite par l'idéologie nazie : le jazz. En 1938, il s'installa définitivement aux Etats-Unis. Malgré son indigence et ses faibles capacités linguistiques, porté seulement par sa passion pour cet art, qui aux USA mêmes était peu considéré, l'émigrant juif fut en mesure de fonder dès l'année suivante l'un des premiers labels indépendants exclusivement consacrés au jazz : Blue Note. En 1941, son inséparable ami Francis Wolff le rejoignit en exil. Lion et Wolff ont gravé les grands moments inspirés de nombreux musiciens dont l'importance ne devait être reconnue qu'après que leur musique, qui indiquait la voie de l'avenir, eut été diffusée sur les disques au logo bleu et blanc : Thelonious Monk, Art Blakey, Horace Silver, Jimmy Smith et Herbie Hancock ont fait leurs débuts de leader avec Blue note. Des géants à la renommée établie mais provisoirement passés au second plan tels Sidney Bechet et Dexter Gordon y gagnèrent une nouvelle popularité.

Si Lion était l'homme au flair d'or, Wolff était en revanche un as de l'appareil photo. Ses clichés expressifs en noir et blanc de musiciens sur fond sombre contribuaient tout autant à l'identité, reconnaissable sans méprise possible, des pochettes que le traitement à la fois ludique et démonstratif des caractères et des formes par le styliste Reid Miles. Le Cover Art de Blue Note a été souvent imité, jamais égalé. Pourtant la recette - utiliser une photo parlante en noir et blanc et une typographie accrocheuse - semble si simple.

Ils sont nombreux les amateurs convaincus qu'il n'y a pas seulement le look et le sound typiques de Blue Note - ce dernier étant du au légendaire ingénieur du son Rudy Van Gelder, mais aussi un style Blue Note. De la musique semblable a déjà eté enregistrée pour des labels concurrents, tels que Riverside ou Prestige, en partie par les mêmes musiciens, mais Blue Note présente une variété bien plus étendue que ne le laissent supposer les titres les plus courants.

A la grande époque, c'est à dire jusqu'à la cession à Liberty en 1965, elle couvrait tout le spectre du boogie pianistique originaire teinté de blues, de l'année de la fondation jusqu'au libre avant gardisme d'un Ornette Coleman.

Les enregistrements de Blue Note pouvaient être assez faciles à retenir pour toucher sans problème, aujourd'hui encore un grand public comme Song for my Father de Horace Silver ou bien rester confinés à des cercles de connaisseurs initiés comme les albums d'Andrew Hill. Ils pouvaient être trop en avance sur leur temps comme les jeux pianistiques de Herbie Nichols qui passèrent presque inaperçus ou tomber au moment approprié pour réaliser une superbe perçée comme les premiers disques de Jimmy Smith qui non seulement imposa par là l'orgue Hammond dans le jazz mais déclencha une véritable vogue. D'un autre côté, les premiers 78 tours du label manifestent également une profession de foi conservatrice des deux Berlinois en faveur des modes de jeu anciens non frelatés par la commercialisation, tout en touchant pourtant par leur contribution au revival le nerf d'une époque saturée par les orchestres de swing.

Francis Wolff qui savait de quoi il parlait récapitula : "D'une certaine manière, nous avons créé un style mais j'aurais du mal à le définir. Pourtant je me souviens que les gens avaient l'habitude de dire : "Alfred et Franck n'enregistrent que ce qu'ils aiment". C'était vrai. Et si je peux ajouter trois mots, nous tentions d'enregistrer du jazz "avec du feeling"." Et il faut ajouter que Lion et Wolff n'avaient pas d'arrières pensées commerciales, bien qu'ils eussent souvent des succès commerciaux peut-être précisément en vertu de l'authenticité qui en résultait. "Avec du feeling", cela signifie indirectement : autant de liberté artistique que possible, distance par rapport à l'industrie de l'art, pas d'influence exercée en faveur d'un prétendu goût de l'acheteur. Les producteurs pouvaient s'en tenir à instaurer une ambiance propice au déploiement de la créativité. Les musiciens sentaient leur confiance, leur respect voire leur amour et leur donnaient le meilleur d'eux-mêmes, dénudaient leur âme en jouant. l'excitation joyeuse des fondateurs du label servait de jauge : "Alfred ne savait certes pas danser mais pendant les enregistrements, il était toujours debout dans le studio et battait des pieds avec la musique. Si, à un moment, il ne bougeait plus, c'est que tu avais un problème. "It must Schwing !" disait il alors. Et si cela n'avait pas de Schwing, ce n'était pas assez bon se souvient Herbie Hancock l'un des nombreux artistes de Blue Note qui dans le film de Julian Benedikt se rappellent les faiseurs de Blue Note avec une immense sympathie. Alors qu'il était encore inconnu, Hancock eut la surprise d'être prié de se présenter sur son premier album que des compositions de son cru et non comme c'était l'usage des standards connus. Et une fois de plus les faiseurs de Blue Note voyaient juste avec leur pensée non commerciale : Watermelon man est resté un tube jusqu'à ce jour et ce sont de tels succès qui permirent à Lion et Wolff le luxe de garder pendant longtemps leur soutien à d'immenses talents non populaires même si les oeuvres de ces derniers ne se vendaient pas.

Le fil rouge ou plutôt la ligne noire qui traverse de part en part l'histoire de la Note Bleue ce n'était pas seulement la préférence pour une musique qui accentuait les racines dans le blues et dans le gospel d'un jazz défini en premier lieu comme noir et comme américain. C'était aussi en toile de fond l'attitude humaine d'émigrants qui eux mêmes victimes de la haine raciale ne laissaient aucune place au racisme quotidien des Etats-Unis. Alors que pour les albums de bop publiés dans les années 50, les concurrents préfèraient se tourner vers d'autres motifs (Prestige vers le graphisme abstrait, Savoy vers de jolies dames blanches), Blue Note arborait la plupart du temps le portrait de l'artiste noir, d'une façon plus conséquente et plus précoce que la concurrence. Art Blakey pensait qu'Alfred Lion avait une âme noire. Le blues qu'il aimait tant ne manquait que sur de très rares albums de Blue Note. Il devint le code des émigrants devenus apatrides qui trouvèrent une seconde patrie dans le jazz et avec leur label donnèrent une patrie à d'innombrables musiciens qu'ils ramassaient dans la rue et à qui personne ne s'intéressait.

La perfection des productions de Blue Note est presque le produit dérivé d'un traitement équitable des musiciens. La différence d'avec les produits de la concurrence réside dans les deux jours de répétitions qui étaient payés en supplément par Lion et Wolff comme l'a reconnu un jour un producteur de Prestige. Cette perfection est plus et autre chose que celle qui serait rendue possible par un planning suffisamment ample et prévoyant : un abandon total des musiciens dans l'atmosphère évoquée ci-dessus de reconnaissance et d'affection qui permet de se lâcher sans inhibition. La perfection des albums classiques de Blue Note se remarque même chez des artistes qui n'étaient pas des habitués de la maison mais qui ont néanmoins gravé pour ce label des bornes milliaires comme Cannonball Adderley avec Something Else, John Coltrane avec Blue Train ou Eric Dolphy avec Out to Lunch. Aucun d'entre eux n'a fait chez les concurrents de meilleurs disques, seulement d'autres disques.

L'histoire du label Blue Note est archi américaine : du va nu pieds à la gloire mondiale. Que cette histoire ait été écrite par des émigrants, cela ne la rend que plus américaine encore. De l'autre côté de l'Atlantique, on a d'ailleurs bien perçu l'ironie qu'il y a dans le fait que non seulement ce sont des Allemands qui avaient fondé la plus célèbre maison de disques de jazz américaine, mais que ce sont à nouveau des Allemands qui lui ont consacré un monument filmé.



Outre la fiche wikipedia consacrée au label, une série d'autres contributions trouvées sur des sites :

"Blue Note, la célèbre firme qui donna naissance à John Coltrane, Art Blakey et Miles Davis, fut la création d’Alfred Lion et Francis Wolf, deux émigrés juifs allemands.

À contre-courant des principes de commercialisation, productivité et autres dollars à la clé, ils firent ce qu’ils aimaient avec des aventuriers souvent corsaires dans l’âme.

Ce documentaire lancé en 1997 et pour la première fois réédité en DVD, aussi intelligent que celui consacré à Ahmet Erhgun (fondateur du label Atlantic), est un pur ravissement.

Entre les strates de concerts, Monk, Hubbard et autres Coltrane viennent se glisser en commentaires attentifs, souvenirs, éclats de rire et cette infinie volonté de faire différent."

Ou encore :

"Sa postérité, le label Blue Note la doit avant tout à la personnalité de son fondateur. Allemand immigré à New York pour fuir le nazisme, Alfred Lion (1909-1987) fit passer ses envies avant toute considération commerciale. Il fut ainsi le premier à reconnaître le talent d'un pianiste peu considéré dans les années 40 - un certain Thelonious Monk. Lion avait l'art de rassembler les meilleurs autour de leaders comme Wayne Shorter, Herbie Hancock, Art Blakey ou Horace Silver, avec une seule exigence : que ça swingue. Ces unions sacrées, son « frère siamois » Francis Wolff, juif allemand lui aussi, les immortalisera sur des clichés au noir et blanc somptueux, qui symboliseront l'esprit du jazz".

Ou encore 2 :

"Explicitement, ça veut dire Blue Train (John Coltrane), Go (Dexter Gordon), Maiden Voyage (Herbie Hancock), Soul Station (Hank Mobley), The Sidewinder (Lee Morgan), Somethin' Else (Cannonball Adderley), Moanin' (Art Blakey)...

La liste révèle des albums qui récoltent tous le petit astérisque démarquant les bons disques des immortels. Des records phares, qu'on a maintenant la possibilité de trouver dans l'emballage initial. Même grosse pochette, même gros vinyle, mais avec un son remastérisé, comme pour le disque compact qui accompagne chaque album à des fins de praticité.

Outre le fait qu'on parle d'albums cultes, ils ont tous cette particularité d'avoir été enregistrés sous la supervision de Rudy Van Gelder il y a une cinquantaine d'années. Van Gelder? Encore là, la crème: l'ingénieur des ingénieurs du son.

Entre 1953 et 1967, Van Gelder a forgé la sonorité unique de Blue Note au gré d'enregistrements bien souvent devenus mythiques. Son nom est synonyme d'un son cristal, chaud, rond, naturel, parfaitement précis et découpé, toujours équilibré. Un son qui plonge immédiatement l'auditeur dans l'atmosphère du studio et son petit mystère ambiant.

Depuis une dizaine d'années, Blue Note réédite d'ailleurs plusieurs des grandes sessions de l'ingénieur sous l'appellation «RVG Serie» ou «RVG Edition». En gros: c'est toujours de la bombe.

Mais encore? Les combos parus cette semaine ont aussi cette particularité de bénéficier des pochettes légendaires qui ont fait l'autre bout de la réputation de Blue Note. Le catalogue de la maison de disques est ainsi rempli des créations croisées du duo composé de Francis Wolff (photographe et copropriétaire de Blue Note avec Alfred Lion) et du graphiste Reid Miles.

Ce dernier demeura 11 ans dans la boîte (1956-1967), où il a développé sa maîtrise de la composition graphique qui, pour beaucoup, est devenue LA représentation visuelle de ce qu'est le jazz.

Tout comme ces vieux vinyles tout neufs constituent à nos yeux LA représentation musicale de ce qu'est le jazz."

Pour avoir une idée des pochettes de jazz :

1 commentaire:

Anonyme a dit…

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